Le bonheur, c’est fatiguant

En toute chose, il y a un début, et il y a une fin. Pour moi, le CMA s’est terminé mardi dernier puisque je suis en France pour le mariage d’un neveu…pour plusieurs d’entre vous, ça se termine dimanche dans l’Acadie du Québec, où j’espère que vous serez nombreux. J’ai fait le plein de bonheur depuis le 8 août dernier. Que le bonheur est fatiguant; il accélère le temps. Mais c’est une bonne fatigue, tonifiante, créative, formatrice, inénarrable. J’aime le bonheur, j’aime vivre, j’aime le peuple acadien, et j’aime les autres peuples.

Si pour Jean-Paul Sartre, l’enfer, c’est les autres, pour nous le ciel a été les autres de la grande famille acadienne, et de leurs amis. Qu’ils soient venus de la Californie, du Michigan, de la Virginie, de la Louisiane ou encore de la France, du Brésil, de la Suisse, et partout ailleurs dans le monde. Même plusieurs Acadiens de la mer étaient au rendez-vous. On peut d’ores et déjà dire que ce CMA a été une grande édition, n’en déplaise aux dénigreurs, aux sceptiques, et aux prophètes de malheur. L’Acadie des terres et des forêts pouvait faire et a su faire. L’Acadie toute entière s’en retrouve agrandie, fortifiée, ravigotée.

Il n’y a pas eu beaucoup de plaintes. La principale plainte fut celle de ne pouvoir assister à de multiples belles activités qui se passaient toutes malheureusement en même temps. Un des grands moments de ce congrès aura été le spectacle tenu le dimanche 10 aout à la Cathédrale d’Edmundston : je l’ai manqué puisqu’en même temps, j’avais ma réunion de famille Nadeau. Ce fut un bonheur pour un autre bonheur. Mais les plus de 1,000 personnes qui ont assisté à ce concert ont su nous le raconter avec enthousiasme et détail. Et avoir plus de mille personnes à un spectacle de musique classique à Edmundston a sûrement été un évènement historique.

Certains ont chialé sur les faiblesses et les ratés du son lors du grand spectacle du 15 août à Madawaska. Mais la très grande majorité des participants n’en ont pas tenu rigueur. Comme ces milliers de gens n’ont pas rechigné à l’heure d’attente à la douane lors du retour au Canada après le spectacle. Le tintamarre qui avait précédé le spectacle était tellement grandiose et émouvant qu’on avait l’amour dans le cœur et la paix solidaire dans l’âme. Ayant été du premier tintamarre à Caraquet dans les années 70, et ayant participé à tous les tintamarres des cinq CMA, c’est celui-ci qui m’a le plus ému. J’ai pensé particulièrement à la douzaine de mes cousins et cousines américains qui sont aujourd’hui assimilés et qui, à regret, ne parlent plus le français. J’ai versé quelques larmes.

Les trois mots qui ont probablement été le plus souvent prononcés dans ce congrès ont été les mots inclusion, conjugaison et jeunesse. En fait, tout le monde qui adhèrent à la défense du français et de la culture acadienne peut du même souffle choisir de s’identifier comme acadien et acadienne. Mieux, en acceptant de se définir comme acadien, on peut conjuguer à cette sublime identité son identité de départ, qu’elle soit québécoise, franco-manitobaine, française de France comme on dit, et même canadien anglophone d’origines anglaise, irlandaise, écossaise. Et un africain d’origine peut devenir un africadien, comme je l’ai défini affectueusement avec quelques amis africains plusieurs années passées. Inclusion, conjugaison et jeunesse deviennent l’approche à chérir pour l’Acadie de l’avenir.

L’aspect qui m’est toujours un peu dérangeant, c’est tout ce qu’il y a d’obligations protocolaires dans ce genre d’évènements. Malheureusement, ça fait partie du jeu. J’ai eu officiellement, comme citoyen acadien et idéateur du CMA, ma première passe « VIP ». Je ne la solliciterai plus à l’avenir. Je préfère l’assemblée du peuple que celle des dirigeants. Le seul aspect positif que j’y ai trouvé pour moi, c’est ma rencontre avec monsieur Jim Irving à la réception organisée avec le gouverneur du Maine, monsieur Paul Lepage. Comme cette chronique risque d’être l’avant dernière, puisque mon contrat se termine en septembre, j’ai demandé une poursuite de ce contrat… Suites au prochain épisode. Ce que je regrette aussi, c’est que peu de dignitaires participent aux activités comme telles. Après leur petit verre de vin et quelques petits fours, ils s’éclipsent pour d’autres fonctions professionnelles, alors qu’ils auraient pu en profiter pour échanger avec les gens hors d’un contexte électoral.

J’ai investi trois jours et demi du CMA pour participer au merveilleux colloque politique organisé à l’université. J’y ai fait le plein de ma réserve de sujets pour une douzaine de chroniques à venir. Certains débats ont été chauds, celui notamment provoqué par Herménégilde Chiasson, selon lequel notre musique serait choyée par les programmes gouvernementaux de financement des arts, en comparaison d’autres expressions artistiques. Malheureusement, dit Hermé, dans trop de cas, la musique n’a rien à dire. Je ne peux pas être contre des chansons engagées; j’aime entendre et écouter la musique qui nous parle, nous fait rêver, espérer, penser, des paroles de chansons qui portent une culture et une époque. Il ne s’agit pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre, mais de revendiquer qu’un budget des arts soit plus généreux et en mesure de faire place à une diversité d’arts plus complète.

Quant à la suggestion de Maurice Basque de considérer le prochain congrès de 2019 comme pouvant être éventuellement le dernier, je ne peux que m’inscrire en faux. Quand on réalise la portée de l’actuelle version du CMA, on a peine à imaginer que ça devrait s’arrêter un jour. Mais on convient qu’il faille réfléchir à changer certaines choses dans la tenue des CMA. On doit bonifier, mais pas « dumper ».
Merci grandement à l’Acadie des terres et des forêts pour ce grandiose CMA, et merci aux milliers de bénévoles et aux quelques employés qui en ont assuré le succès. Enfin, merci à tous ceux qui sont venus : ils en sont les premiers bénéficiaires. Bonheur, fatigue-moi encore!

JMN
21-08-14

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