De bons signes annonciateurs

Même si le printemps est tardif et terne sur le plan de la température, il est plus glorieux et flamboyant sur le plan des idées et des initiatives.

Plusieurs centaines (400) de jeunes se réunissaient dans la Péninsule acadienne en fin de semaine dernière afin de réfléchir sur leur place dans la société d’aujourd’hui et demain. Ce qui est frappant, en partant, c’est que ces jeunes semblent être de la première génération à s’être débarrassée des vieux esprits de clocher qui ont hanté négativement pendant trop longtemps la société acadienne en général, et la région de la Péninsule acadienne en particulier. Ce phénomène peut s’expliquer en partie par la venue des médias sociaux. Si on peut avoir des amis Facebook en Europe ou au Japon, pourquoi ne pas en avoir dans le village voisin.

Pour expliquer aussi ces changements de mœurs, on ose croire qu’une activité comme les Jeux d’Acadie, qui se tiennent depuis près de trente ans, y a été pour quelque chose dans ce rapprochement communautaire productif. Il en est de même pour ce qu’a été la tenue du CMA en 2009. À cela, il faut mentionner la mobilisation populaire contre la réforme de l’assurance-chômage. Ces activités ont incité les gens de la Péninsule à travailler tous ensemble vers un même but. Comme disait Shakespeare: « practice makes perfect ». On réalise en ce sens que plus on multiplie les occasions de travailler ensemble, mieux on établit une solidarité effective entre les individus et les communautés locales. Les chances de développement sont ainsi décuplées.

On peut inscrire dans le même registre de ces nouvelles tendances la tenue les 13-14 juin 2014 d’un premier Sommet provincial portant sur le développement des régions. C’est l’Association francophone des municipalités (AFMNB) qui est maître d’œuvre de cette importante activité. Notre province, qui est la deuxième province la plus rurale du Canada, commande que des mesures nouvelles importantes soient implantées afin de contrer l’exode rural et sa dégradation comme telle. Nos compatriotes anglophones et autochtones sont également invités à participer à cette rencontre, puisqu’il y aura un service de traduction simultanée.

Mais c’est à dessein que, à ce Sommet, les organisateurs ne parlent pas strictement que de développement rural parce qu’ils pensent que, vue la faible densité de la population dans la province, on est soit une grande municipalité, soit un grand milieu rural. De fait, les villes, les villages et les communautés rurales sont des prolongements de proximité les uns par rapport aux autres qui s’imbriquent dans un tout hybride. On a aussi de plus en plus d’organisations régionales comme les Commissions de services régionaux, par exemple, où tout ce beau monde se retrouve déjà ensemble. En d’autres mots, on croit pertinent que les villes s’impliquent plus activement dans le développement des régions, plutôt que de laisser croire que le développement rural relève de la stricte responsabilité des gens de la campagne.

Sous le gouvernement Graham, on a su éviter de justesse la création d’écoles polytechniques. On ne voulait pas de structures d’enseignement postsecondaires à l’américaine où technologie, apprentissages des connaissances fondamentales et formation spécialisée en recherches se seraient retrouvés dans un fouillis total. En réponse à cette menace, le gouvernement de l‘époque a eu l’intelligence de créer deux collèges communautaires sur des bases linguistiques. Ainsi, l’Université de Moncton pouvait avoir en face d’elle un interlocuteur unique en la personne juridique qu’est le Collège francophone. Sans avoir les mêmes missions, ces deux instances d’éducation postsecondaire sont condamnés à s’entendre vues leurs convergences en termes de vocations de formation, tout en remplissant des rôles spécifiques et complémentaires.

Le campus universitaire d’Edmundston a été le premier à concrétiser ce concept en accueillant sur son territoire depuis quelques années un des campus du Collège francophone. Cela s’avère un grand succès. Cela crée une masse critique suffisante d’étudiants, ce qui permet de générer un milieu d’études postsecondaires stimulant, propice à l’apprentissage et à la vie étudiante. On ne peut donc que se réjouir de l’annonce gouvernementale de $11 millions de dollars pour rapatrier le Collège francophone de la Péninsule sur le site du campus universitaire de Shippagan.

Comme autre signe annonciateur d’un temps meilleur et nouveau, la venue du Congrès mondial acadien au Madawaska élargi du 8 au 24 août prochain s’annonce des plus prometteurs. J’étais au Madawaska la fin de semaine dernière, et il y a de la fébrilité dans l’air.

Plus les gens se solidarisent pour mieux organiser leurs vies communautaires, plus on se donne des chances de se développer plus rondement et harmonieusement. Il y a actuellement de bons signes annonciateurs porteurs d’espoir.

JMN

05-06-14