La séduisante Écosse

L’Écosse nous a fait vivre, ces dernières semaines, de grandes émotions. C’est une des plus belles régions (on ne peut dire pays) au monde et un des meilleurs peuples que j’ai connus , puisque j’y suis allé dans les années 70. Par ailleurs le « fairplay » traditionnel britannique a su une autre fois conforter l’humanité de par ses pratiques démocratiques. L’organisation et la tenue de ce référendum sur l’indépendance éventuelle de l’Écosse sera, pour l’avenir dans le monde, un modèle à suivre. En ce sens-là, le référendum écossais aura surpassé dans son déroulement les deux derniers référendums québécois, même si les référendums québécois étaient eux aussi de grands exercices démocratiques.

L’avantage du référendum écossais sur les référendums québécois, c’est que les règles du jeu étaient claires, et tous les partenaires et acteurs affectés par la décision à prendre faisaient pleinement partie du processus. Ainsi, la question à répondre était simple et claire, à savoir « Voulez-vous que l’Écosse devienne un pays indépendant? » L’Écosse et le Royaume-Uni s’étaient entendus au préalable sur cette question simple et transparente. Et on s’entendait sur la règle démocratique du 50% plus un comme règle de consentement absolu pour déterminer un camp gagnant. De plus, les jeunes de 16 ans pouvaient voter. Plus de 55% des Écossais ont répondu non à la question, alors que 45% ont répondu oui. Mais ce qui est aussi important à signaler, c’est le taux de plus de 85% de la participation populaire à ce vote décisif, comme ça s’est fait d’ailleurs lors des référendums québécois (plus de 85% en 1980, et plus de 93% en 1995, un record).

Si j’avais été écossais moi-même, j’aurais été du camp des perdants, car je crois que tout peuple qui se respecte doive aspirer à la plus grande autonomie possible. J’ai toujours cru que la volonté de tout peuple à vouloir gérer pleinement ses affaires devrait être vue positivement par le reste du monde. On juge trop facilement cette volonté comme étant avant tout « divisive » ou séparatiste, alors qu’elle est avant tout affirmative et déterminée à redéfinir autrement ses rapports avec les autres peuples voisins. Il semble y avoir un vide juridique en droit international pour accommoder plus sereinement ces volontés autonomistes. Même le concept de pays est devenu fluide et changeant. Comme on pourrait dire qu’ici les concepts de dualité linguistique et de gouvernance communautaire sont aussi flous et imprécis. Il faut chercher ensemble de nouvelles formules juridiques pour mieux définir les rapports entre les peuples, plus respectueuses de leurs volontés respectives pour plus d’autonomie.

En Écosse, les enjeux étaient plus de nature économique et de partage du pouvoir que linguistique et d’affirmation identitaire. La culture écossaise est tellement forte et reconnue dans le monde qu’elle s’impose d’elle-même. Le partage des revenus du pétrole et des whisky, de même que le financement des programmes sociaux, d’éducation et de santé étaient les sujets les plus en vue. Ce n’est pas pour rien que les establishments politiques de Londres, tant conservateurs, travaillistes et libéraux, se sont « garrochés » en Écosse durant les dernières semaines, avec des paniers de promesses de dévolution du pouvoir et de l’argent. Ça ressemblait à ce que les fédéralistes canadiens avaient faits au Québec en 1980. Mais il n’y a pas eu, en Écosse, de « one night stand » d’amour spontané à la canadienne, comme ça s’est produit à Montréal en 1995. Quoiqu’on a eu aussi droit en Écosse aux épouvantails de malheur et aux menaces de départs d’entreprises et de banques : ce n’est jamais beau comme manœuvre.

Il est à souhaiter que le Royaume-Uni livre mieux la marchandise annoncée à l’Écosse que le gouvernement canadien l’a fait pour le Québec. La fibre autonomiste et patriotique écossaise s’est tout de même exprimée fortement pour la première fois depuis plus de 300 ans. Ces autonomistes semblent dire comme René Lévesque le disait en 1980 « à la prochaine fois », surtout si rien ne change. Ce n’est donc pas prêt de s’éteindre, si l’on entend bien les paroles prononcées par les chantres du oui suite au référendum écossais. Mais il ne faut pas oublier que le Pays de Galles et l’Irlande du Nord font aussi partie du Royaume-Uni, et chacune de ces régions a aussi ses velléités nationalistes et autonomistes. Est-ce que Londres pourra offrir à l’Écosse ce qu’il ne pourra pas offrir aux deux autres instances?

Ce référendum a permis d’actualiser dans notre monde moderne qu’il y aura toujours des peuples en voie d’affirmation nationale, et que ce n’est pas un concept obsolète. Le Kosovo en a été l’exemple le plus probant ces dernières années. L’Ukraine, pour mettre fin à son calvaire politique actuel, envisage de faire des arrangements constitutionnels pour accommoder ses régions minoritaires russophones. De plus, il ne faut pas oublier ni la Catalogne (où un référendum unilatéral catalan se tiendra le 9 novembre prochain) ni le Québec. Même si l’échec référendaire du oui en Écosse donne une douche froide à tous ces autonomistes, chacun de ses peuples apprend de l’échec des autres au profit de leur propre cause.
Le Royaume-Uni et l’Écosse nous auront appris qu’il y a de belles approches respectueuses et démocratiques pour régler ses différends. On ne pourra pas suffisamment les remercier pour cette noble leçon de démocratie.

JMN
25-09-14

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