Petit cours accéléré d’histoire de l’Acadie du Nouveau-Brunswick

Jean-Marie Nadeau
11-10-12

Certains lecteurs acadiens et anglophones ont exprimé le souhait d’en apprendre un petit peu plus sur l’histoire acadienne. On va donc essayer de vous donner un petit cours d’histoire accéléré , principalement sur l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Le peuple acadien, premier regroupement européen à s’installer en permanence en Amérique dès 1604, est aussi le premier regroupement francophone à s’y être assumé comme peuple dès 1881 à Memramcook. Suite à des premiers États généraux du Canada français tenus au Québec en 1880, on proposait de créer un grand peuple canadien français avec le 24 juin comme fête nationale. Les Acadiens présents ont senti le besoin de consulter leur population avant d’adhérer ou pas à cette proposition. 5,000 d’entre eux se réunissaient à Memramcook pour dire que la meilleure façon pour les Acadiens d’exprimer leur solidarité avec le reste du Canada français était de s’assumer pleinement comme peuple francophone distinct d’Amérique. C’était le premier grand rassemblement du peuple acadien depuis 1755, et on y a créé la Société nationale de l’Acadie d’aujourd’hui. On voulait régler nous-mêmes nos défis face aux affres de l’histoire, dont le grand dérangement, qui a été malgré nous un acte fondateur.

 

Avec l’autre convention nationale de 1884 à Miscouche à l’Île-du-Prince-Édouard, on s’est dotés de la fête nationale du 15 août, du premier drapeau national francophone permanent d’Amérique ( le Québec s’est doté de son drapeau en 1948, si on exclut le drapeau des Patriotes de 1837), et plein d’autres symboles indélébiles qui ont façonné et consolidé notre forte identité acadienne d’aujourd’hui. On a appelé cet époque celle de la survivance.

Par après on s’est bâti de peine et de misère comme peuple, en faisant le choix de l’éducation, en construisant des collèges et des écoles ( un jeune est mort, Louis Mailloux) dans cette bataille pour des écoles); en se tiraillant avec nos frères irlandais catholiques, meilleurs agents d’assimilation, en revendiquant avec succès un premier évêque acadien en 1912; en confrontant le Klu Klux Klan dans les années 1920, principalement dans la Miramichi ; en nous impliquant activement dans la bande de patenteux de l’Ordre de Jacques-Cartier à partir de 1926 jusqu’à sa mort en 1965; en bâtissant la Cathédrale de Moncton en 1939 ( qu’ on appelé la cathédrale de la renaissance) ; en nous dotant d’un mouvement coopératif dont la première caisse populaire à Petit-Rocher en 1936 et en créant une Fédération en 1948 à Caraquet – on a été des esclaves économiques jusqu’en 1945 ; en commémorant en 1955 avec force le 200ième anniversaire de la déportation qui a marqué un point tournant vers une Acadie moderne ; en élisant Ti-Louis Robichaud en 1960 comme premier Premier ministre acadien élu ; en créant l’Université de Moncton en 1963 avec ses trois campus ; en créant une trentaine d’organismes homogènes acadiens, surtout à partir des années 70, dont la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick en 1973 ; en ayant tenu la Convention d’orientation nationale acadienne d’Edmundston en 1979 et celle de 2004 à Dieppe; en se faisant reconnaitre comme peuple par la France dès 1968 et par le Québec dans les années 2000 ; en se payant le luxe d’un Parti acadien qui a joué un rôle déterminant dans les années 70; en possédant actuellement une classe économique et une classe de professionnels de haut niveau ( il y a maintenant une bourgeoisie acadienne) …Pour ce qui est du merveilleux monde de nos artistes, vous en savez autant que nous, avec tous ceux et celles qui brillent au pays et dans le monde, et on s’en réjouit . On tient des « Congrès mondial acadien » depuis 1994, le prochain étant en 2014, soit au Témiscouata-Madawaska-Maine ; on a aussi eu l’accueil du Sommet mondial de la Francophonie en 1999 à Moncton qui a été glorieux.

Après une première loi sur les langues officielles en 1969, on a gagné l’adoption d’une loi en 1982 reconnaissant l’égalité formelle des deux communautés linguistiques – je dis formelle , parce que depuis 1982 , on se bat pour que ça devienne réelle. Les principes de cette loi sont constitutionnalisés depuis 1993. La loi de 1969 a été révisée en 2002 , et est actuellement en révision pour les prochains dix ans. On n’a pas chômé , et on ne peut se permettre de le faire ! Vivre comme Acadiens en français, c’est presque du sport extrême, mais on est fait forts. De la survivance recherchée à la fin du 19ième siècle, on est définitivement en mode épanouissement et de consolidation identitaires.

On estime qu’il y a plus de 3 millions d’Acadiens dans le monde, dont seulement 300,000 en Atlantique , soit 10% du nombre total. Mais sans une Acadie métropolitaine forte en Atlantique, il n’y aura plus d’Acadie pour personne dans le monde. On doit nuancer cette dernière assertion, puisque le merveilleux film du cinéaste acadien Phil Comeau sur « Les Acadiens du Québec » est en train de nous apprendre qu’il y a aussi une renaissance acadienne importante au Québec, chez plus d’un million de québécois d’origine acadienne.

J’aime ce peuple qui, pour appuyer la famille Basque de Tracadie-Sheila qui vient de perdre une petite fille de huit ans et tous leurs biens en septembre dans un feu, est en train de lui offrir gratuitement une maison neuve, des vêtements et de la nourriture à satiété, une voiture neuve, et beaucoup d’amour et de compassion.

Cette succincte revue historique de la résilience acadienne se veut avant tout informative . Il n’y a pas de honte à aimer qui on est. Il y en aurait si on se croyait meilleur que les autres. En aspirant à être pleinement qui on est , on offre aux peuples qui vivent avec nous notre différence, dans ce qu’on est , ce qu’on a , ce qu’on fait de mieux , en toute simplicité et dans la paix.

 

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